Théâtre

Ange Soleil

 

Une nuit d'août 44. Les troupes alliées sont entrées dans Paris. Depuis les toits, soldats allemands et miliciens français livrent leurs derniers feux. À  L'Olympic, un dancing de Pigalle, une mère attend l'exécution de son fils assassin. Il sera le premier guillotiné de la France libre.

 

À l'origine de ce texte, il y a la demande que m'a faite Alfredo Arias en 2005 d'adapter pour la scène le roman Notre-Dame-des-Fleurs.

Devant ma réticence à toucher au chef-d’œuvre de Jean Genet, Alfredo m'a suggéré d'écrire un texte original où se croiseraient l’univers de Genet, celui des photographies de Brassaï et le mien, bien sûr, où les adolescents hors la loi tiennent une grande place.

Un nom m’avait frappé en relisant Notre-Dame-des-Fleurs, celui, merveilleux, du condamné à mort Ange Soleil. Figure elliptique, oublié au palmarès des grands criminels,  Ange Soleil a laissé peu de traces sinon celles d’une absolue noirceur : meurtrier atroce et sans repentir, codétenu violent et délateur, on raconte qu’il s’acoquina avec les pires gardiens de la pénitentiaire, tout particulièrement sous l’occupation allemande.

G.L.

Le Jour des fleurs (extrait)

 

Jérémie. – Je viens avec des clous. Des clous de sûreté. Une pincée dans la bouche, une poignée au fond de chaque poche. Un ou deux clous ont glissé dans mes chaussures, juste pour gêner, pour empêcher. Mais je n’en ai cure. Dès avant l’aube, j’étais debout, j’ai cueilli les fleurs au jardin et j’ai pris la route, j’ai remonté la zone sud, je suis entré dans la ville, j’ai traversé la ville, vaillant, alerte, rien ne m’empêchait, ni les gens en armes ni les clous dans les pieds. A la porte Nord, j’ai passé l’octroi sans encombre majeur, puis le cordon sanitaire, avec succès. Aux barrages de police, j’avoue que j’ai un peu triché, louvoyé par les ruelles, les tunnels secrets. C’est que je le connais, mon quartier, comme le fond de ma poche.