L'amant russe

Mercure de France, 2002.

 

 

C’est alors que je l’ai vu. Il m’observait franchement, les sourcils arrondis et la tête penchée de côté tel un chat surpris par sa première souris mécanique. […] J’ai su qu’il n’y aurait plus rien au monde. La grande éclipse faisait son œuvre. J’ai frissonné, la sueur s’est glacée sur tout mon corps. Il a dû le voir et il a souri. […] Quelque chose naissait et je n’avais plus peur. Peut-être aurais-je dû : prendre le temps de la peur. Mais j’étais pressé. J’avais seize ans, j’étais très pressé.

 

Lorsque le narrateur adolescent rencontre Volodia à Leningrad, c’est le coup de foudre : il sait intimement qu’il vient de croiser son destin et qu’il devra s’y soumettre. Irrémédiablement attirés l’un par l’autre, le lycéen français et l’étudiant komsomol, que tout oppose, se plient à la force d’un désir qu’ils découvrent ensemble. Amants hors la loi, ils doivent déjouer les pièges qui les menacent dans la ville surveillée et dans le regard des autres.  

Échanges de regards furtifs, mots tus au bord du silence par peur de rompre le charme, gestes à peine ébauchés où le désir s’épuise, L’amant russe compose un chant d’amour d’une rare puissance.